Imaginez : vous vous couchez et pendant la nuit, alors que vous dormez, un miracle se produit.

Il n’y a pas de témoin. Vous ne vous êtes rendu compte de rien. Au réveil, en apparence, rien n’a changé. Sauf que vous avez moins mal.

Ce petit miracle, des chercheurs de l’Université de Berkeley aux Etats-Unis pensent que vous pouvez en faire l’expérience chez vous dès ce soir.

Pour cela, il vous faut retrouver « le sommeil qui guérit le corps ». Dans leur étude, ces scientifiques américains ont en effet démontré qu’il y a un lien biologique immédiat entre la qualité de notre sommeil et la diminution des douleurs dans notre corps. Ce phénomène s’observe du jour au lendemain, quel que soit le type de douleurs ou la partie du corps concernée. [1]

À l’inverse, moins vous dormez, plus les douleurs s’intensifient. Cela marche dans les deux sens. Déjà en 2015, une enquête révélait que deux patients sur trois atteints de douleurs chroniques souffrent également de problèmes de sommeil. [2]

La qualité de votre sommeil joue donc un rôle clé pour gérer vos douleurs.  C’est pourquoi j’aimerais vous poser cette question : si vous avez mal aux articulations, au dos, à la tête, aux intestins ou ailleurs, à combien évaluez-vous la qualité de votre sommeil ? Sur une échelle de 0 à 10, vous diriez plutôt que vous êtes à 10 ? 9 ? 8 ? Moins ?

Cette question est cruciale car elle peut vous ouvrir un nouveau chemin pour soulager vos douleurs.

En dormant mieux, vos douleurs diminuent naturellement

Dans leur étude publiée en janvier 2019, les chercheurs de Berkeley nous apprennent que les mécanismes neuronaux qui gèrent nos sensations de douleurs sont fortement influencés par la qualité de notre sommeil.

Parmi ces mécanismes situés dans notre cerveau, il y a notamment le cortex somatosensoriel, le noyau accumbens qui gère notre production de dopamine et l’insula.

Selon Matthew Walker, l’un des auteurs de l’étude, ces mécanismes naturels de gestion de la douleur sont doublement perturbés par le manque de sommeil.

D’abord, il explique que : «La perte de sommeil amplifie l’activité dans les régions du cerveau sensibles à la douleur ». Vous ressentez donc encore plus durement les douleurs dans votre corps.

Ensuite, Matthew Walker explique qu’un sommeil de mauvaise qualité « bloque également les centres d’analgésie naturels». Les capacités de votre cerveau à soulager naturellement vos douleurs sont alors affaiblies.

Mais ce n’est pas tout. Les chercheurs de Berkeley ont également fait une autre découverte inédite sur le lien entre le manque de sommeil et la douleur.

De petites perturbations du sommeil augmentent automatiquement les douleurs

Dans une première expérience, les chercheurs ont observé que les douleurs sont plus intenses pour des patients ayant passé une nuit blanche.

Permettez-moi de préciser qu’il ne s’agit pas seulement d’une différence de perception de la douleur par les patients. L’imagerie cérébrale après une nuit blanche montre clairement des dysfonctionnements des mécanismes neuronaux gérant la douleur avec notamment une augmentation de l’activité du cortex somatosensoriel et une désactivation du noyau accumbens et du cortex insulaire.

Plus intéressant encore : dans une seconde expérience, les participants devaient indiquer quotidiennement leurs heures de sommeil et leurs niveaux de douleur. Les chercheurs ont ainsi pu voir que de petites perturbations du sommeil peuvent avoir également un impact sur les niveaux de douleurs.

Adam Krause, l’un des auteurs de ces expériences explique que : « Les résultats montrent clairement que même des changements très subtils dans le sommeil nocturne – des réductions que beaucoup d’entre nous pensent être sans conséquences – ont clairement un impact sur l’intensité de la douleur le lendemain ».

Cette seconde expérience est probablement celle qui devrait le plus faire réfléchir. Car elle ouvre une nouvelle voie pour soulager les douleurs. Si vous avez mal quelque part, vous pourriez ressentir un grand soulagement en améliorant, ne serait-ce qu’un peu, votre sommeil.

Quand vous dormez, votre corps se soigne

L’influence du manque de sommeil sur les douleurs est impressionnante et elle l’est tout autant pour de nombreux autres aspects liés à votre santé.

Des centaines d’études ont été menées sur ce sujet. On sait par exemple que :

  • Un sommeil de mauvaise qualité peut augmenter jusqu’à 68% les risques de troubles cognitifs dont la maladie d’Alzheimer. [3]
  • 60 minutes de sommeil en moins multiplie par trois votre risque de rhume. [4]
  • Le manque de sommeil multiplie par deux votre risque de surpoids et d’obésité. [5]
  • Moins vous dormez, plus vous risquez de rencontrer des problèmes cardiovasculaires. [6]
  • Il suffit de 6 nuits trop courtes pour que vous développiez des symptômes de prédiabète. [7]
  • 90% des personnes souffrant de dépression ont aussi des problèmes de sommeil. [8]
  • Le manque de sommeil augmente l’inflammation dans votre corps et le risque de toutes les maladies qui y sont associées : arthrose, arthrites, cancers, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et d’autres encore. [9]

À l’inverse, lorsque vous dormez chaque nuit d’un sommeil profond et réparateur, votre corps se ressource. Vos douleurs diminuent. Vos défenses naturelles se rechargent. Votre esprit s’apaise. C’est le « sommeil qui guérit le corps ». Automatiquement. Naturellement.

Tout comme votre alimentation, le sommeil est un pilier de votre santé

C’est évident, mieux vous dormez et plus vous avez de chances d’être en bonne santé.

Pourtant, je suis toujours surpris de voir à quel point les personnes autour de moi semblent beaucoup plus concernées par leur assiette que par leur oreiller. C’est d’autant plus dommage que, comme nous venons de le voir, même de légers problèmes de sommeil peuvent se faire ressentir partout dans notre corps.

Les solutions pour améliorer le sommeil ne devraient donc pas seulement intéresser les insomniaques. Ce serait comme de réserver les conseils de nutrition aux personnes obèses. Beaucoup parmi nous pourraient bénéficier d’un sommeil plus long, plus profond et plus réparateur. C’est encore plus le cas si vous êtes malade ou si vous souffrez de douleurs chroniques.

Pour mieux dormir, nous pouvons nous rappeler les bonnes habitudes qu’on nous transmet dès l’enfance mais que nous ne respectons pas toujours : manger léger le soir, se coucher et se réveiller à des heures régulières, éviter les lumières des écrans avant de se coucher, suivre un rituel qui prépare l’endormissement etc.

Et si vous avez besoin d’aide pour vous endormir plus rapidement et passer des nuits calmes, profondes et réparatrices, vous pouvez faire appel aux pouvoirs mystérieux de certaines plantes connues depuis la nuit des temps pour mieux dormir.

3 plantes sacrées pour mieux dormir

Les plantes ont cet avantage de vous aider à mieux dormir naturellement, sans risque d’accoutumance et sans les effets secondaires liés à la prise de somnifères chimiques.

Plutôt que de forcer un sommeil artificiel, elles aident votre corps à mieux dormir, sans contrainte, dans la facilité, au naturel.

Commençons avec la valériane. Ses racines sont utilisées depuis l’Antiquité pour traiter l’insomnie et favoriser la relaxation. Elle est une plante relaxante, apaisante, sédative (qui calme) et spasmolytique (qui agit contre les spasmes musculaires).

Les études ont montré que la valériane réduit le temps d’endormissement et le nombre de réveils nocturnes. En particulier, l’une d’elles a montré que 89% des personnes souffrant d’insomnie ont obtenu un meilleur sommeil ; 44% ont même reconnu avoir un sommeil parfait, grâce à la prise de valériane. [10]

La deuxième plante bien connue de ceux qui souhaitent mieux dormir est la mélisse, largement utilisée pour ses vertus calmantes et relaxantes. Plusieurs études ont montré que la mélisse a un effet bénéfique sur l’humeur mais aussi sur le stress et l’anxiété qui sont souvent responsables de troubles du sommeil. Après une journée harassante, elle pourra vous aider à vous détendre pour vous permettre de passer une meilleure nuit.

La troisième plante dont je veux vous parler est l‘eschscholzia californica, encore appelée pavot de Californie, et qui appartient à la même famille que le coquelicot. Elle stimulerait la production de GABA, un neuro-transmetteur qui déclenche le sommeil. Son rôle est de bloquer les substances chimiques qui sont produites par votre corps pendant la journée afin de vous tenir éveillé. En bloquant ces substances, le GABA permet ainsi à votre organisme de se détendre, de se préparer au sommeil et de vous garder endormi plus longtemps.

Vous pouvez utiliser ces plantes sous forme de tisanes mais les études scientifiques qui ont prouvé leurs bienfaits concernent principalement des préparations sous forme de compléments alimentaires.

Prenez soin de vous,

Léopold Boileau, Votre correspondant

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Sources

[1] The pain of sleep loss: A brain characterization in humans. Adam J. Krause, Aric A. Prather, Tor D. Wager, Martin A. Lindquist and Matthew P. Walker. Journal of Neuroscience 28 January 2019, 2408-18; DOI: https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.2408-18.2018

[2] https://www.sleepfoundation.org/articles/pain-and-sleep

[3] Sleep, Cognitive impairment, and Alzheimer’s disease: A Systematic Review and Meta-Analysis Omonigho M. Bubu, MD, MPH Michael Brannick, PhD James Mortimer, PhD Ogie Umasabor-Bubu, MD MPH Yuri V. Sebastião, MPH Yi Wen, MS Skai Schwartz, PhD Amy R. Borenstein, PhD Yougui Wu, PhD David Morgan, PhD … Sleep, Volume 40, Issue 1, 1 January 2017, zsw032, https://doi.org/10.1093/sleep/zsw032. Published: 09 December 2016

[4] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2629403/

[5] Cappuccio FP; Taggart FM; Kandala NB; Currie A; Peile E; Stranges S; Miller MA. Meta-analysis of short sleep duration and obesity in children and adults. SLEEP 2008;31(5):619-626.

[6] Eur Heart J. 2011 Jun;32(12):1484-92. doi: 10.1093/eurheartj/ehr007. Epub 2011 Feb 7. Sleep duration predicts cardiovascular outcomes: a systematic review and meta-analysis of prospective studies. Cappuccio FP1, Cooper D, D’Elia L, Strazzullo P, Miller MA.

[7] Lancet. 1999 Oct 23;354(9188):1435-9. Impact of sleep debt on metabolic and endocrine function. Spiegel K1, Leproult R, Van Cauter E.

[8] J Clin Psychiatry. 2005 Oct;66(10):1254-69. Sleep and depression. Tsuno N1, Besset A, Ritchie K.

[9] Gastroenterol Hepatol (N Y). 2013 Nov; 9(11): 718–727. Sleep and Inflammatory Bowel Disease: Exploring the Relationship Between Sleep Disturbances and Inflammation. Jami A. Kinnucan, MD, David T. Rubin, MD, and Tauseef Ali, MD

[10] Double blind study of a Valerian preparation. Olov Lindahl Lars Lindwall